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Stéphane Dion: de Sillery à Sussex Drive

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Article mis en ligne le 8 décembre 2006 à 11:30
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Stéphane Dion: de Sillery à Sussex Drive
Hormis le congrès au leadership du Parti libéral du Canada, la course à la chefferie qui s'étirait depuis de long mois aura été aussi excitante qu'une course d'escargots. Néanmoins, Stéphane Dion, ci-devant surnommé le kid de Sillery (c'est Marcel qui va être jaloux...), a déjoué tous les pronostics pour finalement coiffer ses adversaires en bout de piste et conquérir le titre de grand chef de la tribu libérale.
Reconnaissons qu'il ne l'a pas eu facile. À son entrée en politique, il manœuvrait fort habilement pour faire triompher son idéologie fédéraliste bien campée dans le sillon des Pierre Trudeau et Jean Chrétien: un Canada fort et centralisateur. Plus tard, le député de Saint-Laurent-Cartierville a vivement été écarté du cabinet des ministres par un Paul Martin qui tentait désespérément de relancer sa formation mise au tapis par le scandale des commandites en éloignant de sa garde rapprochée tout ce qui présentait un relent de Chrétien.

Rongeant son frein en silence, loyalement, Dion qui n'a jamais été entaché par ledit scandale, attendait patiemment qu'on lui fasse signe. Jouissant de l'appui d'un certain establishment libéral, dont la famille Bronfman, il est réapparu en tant que ministre de l'Environnement où il a particulièrement fait bonne figure en se portant à la défense du protocole de Kyoto et dans l'élaboration de la politique canadienne sur les gaz à effets de serre. Il aura connu ses heures de gloire fédéraliste avec la controversée Loi sur la clarté et surtout en présidant avec brio la Conférence des Nations-Unies sur les changements climatiques qui se tenait à Montréal, l'an dernier.
Progression lente
Comme plusieurs observateurs, j'étais de ceux qui refusaient de parier leur dernier 10 $ sur la victoire de Stéphane Dion. Impopulaire au Québec, «baveux» diront certains, trop intello diront d'autres, il possède autant de charisme qu'une marmotte. Son langage résolument pro-Canada, sans compromis, a lentement séduit l'Ouest et l'Ontario. Au Québec, et à Québec surtout, sa région natale, il n'a jamais réussi à détrôner Michael Ignatieff dans la faveur des délégués et des militants.
Les Libéraux forment un parti de pouvoir. Ils sauront se rallier derrière leur nouveau leader. Ils auront tôt fait de comprendre que l'auteur de la Loi sur la clarté maîtrise aussi bien, sinon mieux, les enjeux environnementaux et que précisément, les questions environnementales figurent en tête de liste des préoccupations des Canadiens. Reste à voir dans quelle mesure l'électorat suivra. Le vrai défi est de vendre Dion, de le rendre sympathique. Pour l'heure, son principal allié est l'actuel premier ministre conservateur Stephen Harper qui, en reniant Kyoto et en accentuant la participation des troupes canadienne en Afghanistan, accroît son impopularité. Et, comme nous sommes reconnus pour «voter contre», les libéraux de Stéphane Dion pourraient retrouver le contrôle de la Chambres des Communes par défaut.

Quant aux souverainistes, le héraut Dion stimulera leur militantisme. Ils redeviendront de cruels adversaires. En fait, le nouveau chef représente ce qu'ils détestent le plus autant dans l'idéologie que par son tempérament frondeur et dédaigneux à l'égard de la cause qu'il a déjà soutenue, avant Meech. Par contre, la population québécoise en a assez du sempiternel débat sur la souveraineté. Il n'est pas acquis qu'elle abordera la prochaine élection sur ces bases. La cote de popularité du Bloc québécois est à la baisse. En dénichant quelques personnalités intéressantes dans la région, Dion pourrait ramener quelques circonscriptions conservatrices dans son giron et réussir une percée significative au Québec.

À l'image de sa campagne au leadership, la conquête du 24 Sussex Drive ne sera pas une sinécure. La victoire de Stéphane Dion en fin de semaine dernière est par contre une bien mauvaise nouvelle pour ses adversaires qui feront face à un homme dont l'intégrité et la loyauté n'ont jamais été mises en doute. Une bête qui a été blessée en étant écartée du clan, mais qui affiche le flair et la détermination requise pour mordre à nouveau et rebondir au plus haut niveau. Attachez vos tuques, il va venter cet hiver.

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