Stephane Dion à Montreal, le 20 septembre, 2008. LA PRESSE CANADIENNE/Frank Gunn
MONTREAL - Alors que son adversaire conservateur Stephen Harper courtise sans relâche les nationalistes québécois, le chef libéral Stéphane Dion a invoqué samedi le souvenir de la Révolution tranquille en présentant le programme culturel de son parti.
"J'ai le sentiment aujourd'hui de prolonger l'oeuvre de mon père, Léon Dion, en me battant pour la liberté et la promotion des arts et de la culture au Québec comme partout au Canada", a déclaré M. Dion en conférence de presse sur la scène du théâtre Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, à Montréal.
Le chef de l'opposition a raconté que son père, politologue à l'Université Laval, avait travaillé étroitement avec le prêtre Georges-Henri Lévesque, considéré comme l'un des pères de la Révolution tranquille.
Pour le lancement du programme culturel libéral, qui prévoit des investissements de 530 millions $, M. Dion a réussi à attirer de grands noms du milieu culturel québécois, dont le comédien Albert Millaire, le président de l'Union des artistes, Raymond Legault, et le directeur général de l'Opéra de Montréal, Pierre Dufour. Les sénateurs Jean Lapointe et Serge Joyal, de même que plusieurs candidats libéraux, étaient aussi présents.
M. Dion n'a pas raté l'occasion de s'en prendre à M. Harper sur le thème de la culture, lui reprochant une fois de plus de vouloir "intimider" les artistes en éliminant des programmes d'aide d'une valeur de plus de 60 millions $.
Le chef libéral a aussi fait ses choux gras d'un sondage mené par les conservateurs dans lequel on demande à des électeurs si le montant de 1,1 milliard que verse Ottawa à la société Radio-Canada est de l'argent bien investi. Le questionnaire demande aussi si les tribunaux des droits de la personne ont dépassé les bornes en "persécutant" des gens.
"Je somme Stephen Harper d'être honnête avec les Canadiens et d'admettre qu'il rêve de fermer Radio-Canada", a lâché Stéphane Dion. Selon lui, le chef conservateur "hait" la société d'Etat.
"La Révolution tranquille, on l'a dit, est née à Radio-Canada, a rappelé M. Dion. René Lévesque venait de Radio-Canada. Quantité d'artistes créateurs y ont trouvé une liberté face à (Maurice) Duplessis."
A l'instar du chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, Stéphane Dion a décelé de l'hypocrisie dans les efforts de séduction de M. Harper au Québec.
"Il tend la main (aux nationalistes québécois) et en même temps, il sabre dans ce qui fait l'une des bases de notre identité: notre culture", a estimé le chef libéral, qui refuse de croire que la question culturelle ne rejoint pas l'électeur moyen.
"Ces gens-là regardent les téléséries les téléromans et ces émissions sont généralement appuyées par les gouvernements", a-t-il noté.
Dans leur programme pour les arts et la culture, les libéraux promettent dans un premier temps d'annuler les compressions annoncées par les conservateurs et même d'ajouter une somme de 25 millions $ pour une nouvelle "stratégie des médias numériques".
Le parti s'engage aussi à augmenter de 25 à 30 pour cent le crédit d'impôt pour la production cinématographique, au coût de 160 millions $ par année, de garantir un financement à long terme au Fonds canadien de télévision et de permettre l'étalement du revenu pour les artistes à des fins fiscales. Reprenant une promesse de la campagne électorale de 2005-06, le parti propose en outre de doubler le budget du Conseil des arts du Canada.
Nouvelles publicités
Juste avant l'arrivée de la caravane du chef à Montréal, le parti a dévoilé de nouvelles publicités télévisées dans lesquelles on soutient que Stéphane Dion est "plus cultivé" que Stephen Harper. Est-ce vraiment le cas?
"Je n'en sais rien, a répondu M. Dion. Tout ce que je peux vous dire, c'est que je suis plus déterminé à aider la culture que Stephen Harper, mais ce n'est pas difficile."
En matinée, de passage dans l'Est ontarien, le chef libéral a de nouveau déploré "la propagande" des conservateurs à l'encontre du Tournant vert, le programme environnemental de son parti. Stéphane Dion a répété que la transformation d'une partie de l'impôt en taxe sur le carbone serait "bénéfique" pour le portefeuille des Canadiens.
Il a par ailleurs assuré que les libéraux avaient tiré les leçons de leur défaite électorale de janvier 2006.
"On a eu énormément de difficultés en 2006 et on a perdu l'élection (...) du fait que les Canadiens, après 12 années de pouvoir libéral, avaient envie de voir ailleurs, a-t-il admis. Ils ont vu, ils ont compris et je suis sûr qu'ils vont se dire que les libéraux, qui ont appris de leurs erreurs, sont renouvelés."
Le Parti libéral doit dévoiler l'ensemble de son programme électoral lundi.
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